Les personnes âgées

Quel drôle de nom pour un article…
Vous l’aurez compris, je ne vais pas encore vous parler de la Gaspésie.

Non, aujourd’hui j’ai envie (besoin?) de vous partager ma journée et comme la vie n’est pas toujours rose je ne vais pas vous raconter comment j’ai vu des licornes sauter par dessus des arc-en-ciels mais je vais vous conter une histoire d’infirmière.

Depuis le début de mes études j’ai toujours eu du mal avec les patients âgés. Je n’ai jamais vraiment eu de contact proche avec mes grands parents : j’ai passé mes 6 premières années de vie sans connaître ma grand mère paternel et je ne parle plus depuis mes 16ans à ma maternel. Je ne suis clairement pas la petite fille idéale et je prend plus souvent des nouvelles des grands parents de Jérémy que des miens…
Autant vous dire qu’une personne âgée était pour moi l’équivalent d’un martien !
Je ne dis pas que je ne les aimais pas, c’est juste que je ne comprenais pas comment communiquer avec ces patients là… aucune idée de comment les aborder !

Depuis que je vis au Québec et que je travaille dans un service où 80% des patients ont plus de 70ans les choses ont changé.
Peut-être aussi que les mamies québécoises sont plus cute que les Aixoises mais ça c’est un autre débat 😉

Maintenant j’adore être au contact de cette « clientèle » comme on dit ici. Je les trouve très attachant et j’ai un profond respect pour ces gens qui ont vécu tellement et qui maintenant se retrouvent hypothéqués au fond de leur lit, dépendant de notre bienveillance.

Ce matin, la journée a commencé par Easy (la plus noire des deux) me griffant allègrement la main car je ne voulais pas l’emmener au travail avec moi.
On a l’habitude de se battre à chaque fois que j’ouvre la porte pour quitter l’appartement (les détenteurs de chat comprendront) mais on en arrive généralement jamais aux griffes!!

Là, deux choses : on est vendredi 13 et je viens de me faire griffer par un chat noir et en plus une griffure sur la main en étant infirmière, avec la solution hydro-alcoolique que j’utilise 100 fois par jours, ça me met de très mauvaise humeur parce que ça pique en maudit !

La journée s’annonçait pas super.

Arrivée au boulot, je me rend compte au bout de 3/4 d’heure que je n’ai toujours pas de préposé dans ma section.
Petit rappel, le préposé est celui qui aide les patients à manger, se lever, se laver, aller aux toilettes … Il est donc vraiment important surtout pour des patients non autonomes.

Je rentre dans une de mes chambres et je me retrouve face à une petite mamie de 95ans, toute sa tête, en larme dans son lit car elle est trempée d’urine puisqu’incontinente et que la personne venue lui faire sa prise de sang l’a « brassé » sans trop lui expliquer ce qu’il se passait.
Sachant que ma mamie est semie-voyante et entend très mal. On a beau eu mettre des affichettes au dessus de sa tête de lit, apparemment « la piqueuse » n’a pas pris la peine de lui donner des explications dans un volume sonore adapté et en plus elle l’a loupé, donc piqué plusieurs fois.
Là dessus, j’ai une préposée d’une autre section qui rentre dans la chambre, balance le plateau repas en 3 sec sur la tablette de ma patiente et qui quand je lui dis que j’ai pas de préposé s’en va en grommelant que « c’est pas ma section, … , j’ai d’autres patients à m’occuper, … , pas le temps! »

Là c’est le moment où je prend une profonde respiration.

J’écoute ma petite mamie me raconter ses mésaventures de la nuit, qu’elle est gelée et trempée, qu’elle se sent un fardeau pour nous car personne ne veut l’aider (donc elle se dit qu’elle est chiante) et qu’à son âge elle préfèrerait partir que de rester et être un poids pour tout le monde.

PAF dans ta gueule !!

J’ai ce que je pense être une qualité mais que beaucoup prennent pour une faiblesse : je suis très empathique. J’avoue que c’est génant dans des situations où je dois me montrer forte pour réconforter les gens mais j’aime à penser que cela m’aide à garder mon côté humain et à ne pas traiter les gens comme de la viande (cette phrase, je ne suis pas certaine qu’elle veuille dire grand chose sortie de la bouche d’une végane…).

Après avoir nettoyé sommairement ma petite madame, l’avoir installé sur son fauteuil et préparé son plateau je quitte la chambre pour aller gueuler que je n’ai personne pour s’occuper de mes patients.

La version courte de la suite sera qu’une seule personne est venue et qu’elle a juste donné la bassine d’eau à une de mes 8 patients.
Les autres se sont contentés de répondre comme la première, que pas le temps, que trop de travail, que fuck you en gros.

Alors attention. Je veux pas que vous pensiez que le système de santé est affreux et qu’on s’occupe mal de nos patients. Bien au contraire, honnêtement les patients ici sont bien mieux chouchoutés qu’en France et cet évènement est tellement extraordinaire que ça me pousse à avoir besoin de l’extérioriser.

Mon préposé, que je voulais pendre au lustre du poste infirmier (mais j’ai pas eu le droit) est arrivé à 11h45.
Comme on est au Québec, ça aura été sa dernière journée dans mon service car ce genre de comportement ne passe pas du tout ici.
Pendant ce temps devinez qui a pris soin de sa petite mamie et des autres du mieux possible ?

Ce qui m’a fait le plus mal au coeur c’est la détresse de cette petite dame. 95ans, se retrouver dans cette situation. C’est pour moi inacceptable.

Alors voilà, j’ai passé la pire journée de travail de ma vie québécoise aujourd’hui et j’avoue que j’ai du me cacher à plusieurs reprises pour lâcher la pression sans que personne ne me voit.

J’avoue aussi avoir de la chance que mes collègues infirmières soient en or et m’aient donné autant de câlins que nécessaire pour que je tienne jusqu’à 16h (parce que oui, j’ai pris les habitudes nord américaines : je ne fais plus la bise mais je « hugs » les gens qui me sont proches).

J’aime de plus en plus mon travail malgré les difficultés qui se présentent parfois et l’ascenseur émotionnel que je dois gérer au quotidien. J’aime à penser qu’être infirmière me rend de plus en plus « humaine » dans un monde où on accorde plus de crédit à notre propre personne qu’à ce qui nous entoure.

Bref, à défaut de quitter ma job, j’extériorise en vous racontant ma vie et en buvant une bière en attendant que l’homme rentre du travail. Une bonne nuit de repos et demain on y retourne !

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2 commentaires pour Les personnes âgées

  1. Marie dit :

    ❤ merci ma chérie pour ce témoignage ……….tu fais honneur à ta vocation d'infirmière et à ta famille ……….

  2. gama803 dit :

    Tu as eu la meilleure reaction, et c’est normal de lacher la pression dans la journee, c’ess important !

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